Un véritable bout de piraterie classique étalée dans un gros bon pavé attisent vos doutes et craintes de déjà-vu? Tant mieux, car l'œuvre de Stéphane Beauverger n'est pas aiguillonnée sur les étales charcutières de SF pour des prunes déconfites. Dévoré de votre culture iconoclaste, vous pensez lugubrement au Johny Depp drapé de soie rouge exhibant son rire d'orfèvre dans l'aurore victorieuse? Et bien, peut être n'avez-vous pas complètement tord. Ni raison. Le Capitaine Villon n'est certes pas un héros de pacotille, ni un déchet picaresque, et à vrai dire, il est loin d'être dénué des ardeurs épiques et sensationnelles de la figure des romans d'aventures. J'avancerais presque à le comparer à une image d'Épinal du forban sans foi ni loi, mais pétri de culture et d'honneur, à la réparti saillante et intransigeante, et aux déboires malingres le rendant si fiévreusement attachant.
De plus, la farandole de personnages apparaissant en demi-teintes, finalement peu présents en
proportions mais s'activant avec chaleur aux côtés du Capitaine dans les rouages de notre imagination, ne nous déstabilisent pas vraiment dans leur originalité. Mis à part Sévère, l'exotique
étrangère dont la particularité réside dans son atemporalitée. Et voilà comment quelques éléments d'uchronie esquissés, ajoutés par ci par là, peuvent donner lieu à une palpitante fresque
achronique, si vous me permettez l'emploi des néologismes pompeux. Beauverger a fait du décor historique de la colonisation européenne des caraïbes du XVIIème siècle, un écheveau complexe
d'éléments fantastiques où la nature même du temps peut se voir altérer dans un soupir de secondes. En effet, l'époque n'est plus stable, on retrouve sur les côtes des artefacts jamais croisés à
travers le monde connu, des objets qui n'ont pas encore été crées. Les maravillas, comme les gens s'y intéressant aiment à les désigner. Occasion rêvée d'y
peindre et de ridiculiser la quête enfiévré de puissance et de gloire, dont le capitàn Villon ne manquera pas d'y prendre part et de risquer le naufrage. Mais également opportunité extatique de
se faire plaisir en imaginant la place de certains appareils d'avantage anodins, tels les tournes disques, et dont l'auteur fait un emploi remarquable. Imaginez donc, le fiévreux loup de mer
Villon, rongé par ses appréhensions et ses certitudes craquelées, se reposant sur le roulis lancinant des vagues accusatrices, en s'offrant les langueurs mélancoliques de Léonard Cohen. Détail
croustillant qui nacre le roman d'un charme fou et réellement génial, nous avons ainsi, à l'en tête de chaque chapitre, un extrait d'une musique que l'on peut ainsi restituer et décalquer dans
l'esprit du Capitaine, afin de tisser un lien complice entre auteur et lecteur, qui n'a pas été pour me déplaire. (Et entre Killing Joke et Sigur ros dans la playlist proposée, on ne peut se douter d'être dans le milieu de la Science Fiction !).Mais bref, tout ceci ne sont que des détails, qui donnent certes du goût, mais dont l'ingrédient principal demeure bel et bien la structure atypique du texte, séparé en chroniques, digérée par la mer et rejetée au large en pagaille chez le lecteur, dans une chronologie chamboulée et osée, mais pas vraiment chaotique. A nouveau, ce détail prépondérant d'agencement non linéaire, peut accroitre l'acuité du lecteur et faire hausser un sourcil étonné et amusé. Autre élément important, la qualité de la narration, raffinée mais jamais ampoulée, collant parfaitement à la qualité du Capitaine et à sa dégaine boitillant entre nonchalance désabusée et gravité perlée d'ironie alcoolisée ; une écriture plus d'une fois romantique, mais qui ne dégouline pas d'un pathos écœurant devant la barbe hirsute du commandant attaché au Déchronologue, tout en nous soutirant néanmoins quelques larmes envers cette flibuste à veau l'eau clapotant au sein d'un parfum d'amère vérité.
En définitive, jetez-vous dedans comme une bouteille à la mer, vous ne regretterez sûrement pas ces péripéties épiques façonnées de guildive et de tafia envoûtantes, de ces multiples comptoirs haut en couleurs de Santa-Marta au Yucatan, de ce Capitaine Villon lessivé par un destin l'étouffant tel des tentacules lovecraftiennes, le laissant dans un étrange mélange de fascination et d'horreur blême devant les abysses du temps, trop perverses pour ne pas lui avoir violé son ignorance salvatrice. Mais comme il le dit, si nous ne sommes que des ombres glissant sur l'écume du temps, l'important est de demeurer debout, mort ou vif.
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Qu'est-elle? Une métropole grouillante
saignée par une sauce Cyberpunk rétro à la Blade Runner, jonchée de tous les vices charnelles et cupides qu'un être humain peut se voir offrir par le libéralisme effréné, soucieux de repousser
sans cesse les limites d'une imagination turpide collective. Ellis et Robertson nous offrent ces vices sur un plateau de cases, denses en détails cruels, par myriades de précisions
passant évidemment par les pubs et racolages divers. On nage avec tous les paumés en recherche de leur prochaine sensation forte, et si les mioches commencent leur apprentissage par des dessins
animés pornos de type "Sex Puppets" sur écran géant, vous pouvez vaguement devinez la puissance nécessaire à leur futur fixe, de quelque nature qu'il soit. Dans cet écheveau moite d'une crasse
amorale, il y'a pourtant bien une énergie singulière qui nous pète à la gueule et qui fait une des grandes forces de ce comics. Elle est dû d'une part à la mise en couleurs vives mais ternes sans
jamais tomber dans un kitch trip à la Moebius(Avec tout le respect que j'ai pour le monsieur). Et ces teintes pétantes émanent pour beaucoup d'entre elles de la publicité étouffante. On ne
voit plus grande chose d'autre parfois, c'est pour dire...
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